| Rahal
le traiteur est une grande figure
du Maroc. « C’est incroyable ce
que cet homme a fait pour la société
marocaine, il a davantage modifié
les comportements que toutes les
réformes gouvernementales », n’hésitent
pas à dire certaines femmes. Avant
lui, pour la préparation d’un
mariage, elles s’épuisaient à
la cuisine et, le jour de la noce,
la mariée et sa mère n’étaient
plus que l’ombre d’elles mêmes.
Aujourd’hui, le recours au traiteur
entre dans les mœurs, même pour
les enterrements. A u Maroc, il
est en effet de tradition d’envoyer
des plats à la famille pour qu’elle
puisse nourrir, trois jours durant,
les proches du défunt. Tout n’est
plus systématiquement fait par
les amis. Rahal a suffisamment
de savoir-faire pour que personne
ne s’en rende compte.
Il
n’a pas été facile de dépasser
la tradition et d’imposer l’aide
d’un tiers. La gastronomie marocaine
est un art subtil, dont la préparation,
souvent longue, a ses secrets,
il fallait un homme hors du commun,
un « homme de goût » pour avoir
l’idée de remplacer la cuisine
« maison ». Ce fut Rahal Essoulami.
Il a inventé le métier de traiteur
au Maroc.
A
65 ans, reconnu et apprécié de
tous, décoré par le roi Hassan
II du Wissam Alaouite, il continue
à inculquer ses bons principes
à l’entreprise familiale, poursuivie
par ses sept enfants et dirigée
par l’aîné, Abdelkarim.
Natif
de Marrakech, Rahal rejoint, à
l’âge de 14 ans, ses frères à
Casablanca. Peu assidu sur les
bancs de l’école, il commence
à gagner quelque argent en faisant
des sandwichs qu’il vend sur son
vélo à la sortie des lycées et
aux rencontres sportives. En économisant
comme une fourmi, il achète un
mini-kiosque à la Médina et le
développe à la fin des années
quarante, en misant sur la qualité
de ses sandwichs auxquels s’ajoute
bientôt de la pâtisserie marocaine.
En
1956, il commence à proposer l’organisation
de mariages, puis, en 1968, fait
construire une maison spécialement
conçue pour les festivités, dans
laquelle les grandes familles
de Casablanca vont recevoir. Les
traditions évoluant, les Marocains
prennent l’habitude de festoyer
chez eux, avec Rahal comme traiteur
à domicile. Aujourd’hui, il sert
le simple particulier, mais aussi
les têtes couronnées et les chefs
d’Etat, au Maroc et à l’étranger.
Un succès envié. Beaucoup se sentent
des vocations de traiteur et s’installent
dans le métier sans avoir toujours
le professionnalisme requis.
Concurrencé
depuis quelques années sur son
propre terrain, l’entreprise familiale
prépare le contre-offensive. Et
veut rester sans égale en mettant
toujours l’accent sur la gastronomie
et le savoir-faire. La grand nouveauté,
c’est son projet d’ouvrir à la
fin de 1998 un restaurant de six
cents places dans un immeubles
de Mers Sultan, en plein centre
de Casablanca. « Nous avons l’emplacement,
8 millions de FF ont été investis
dans la construction du bâtiment,
explique Abdelkarim Essoulami,
directeur général.
«
La date précise d’ouverture n’est
pas encore fixée, mais ce sera
après l’été et avant la fin de
l’année. Il reste à équiper le
restaurant qui prévoit un rez-de
chaussée en libre-service, un
étage pour la fabrication des
plats chauds, un autre pour celle
du froid (jus de fruits, glaces,
chocolaterie). Je voudrais que
ce soit une vitrine du savoir-faire
gastronomique du pays pour les
touristes comme pour les Marocains.
On y mangera de la vraie pastilla,
des tagines de viandes, de poissons,
de légumes, du couscous. Avec
des plats à partir de l’équivalent
de dix francs français. Ce sera
le point de départ d’une chaîne
: un deuxième restaurant ouvrira
par la suite à Rabat. Il y en
aura d’autres, plus petits, à
Fez, Marrakech, Agadir. Et, pourquoi
pas, peut-être aussi à l’étranger
car je suis sollicité à Londres,
en Autriche et aux Emirats arabes
unis. Il faut d’abord réussir
le lancement de celui de Casa
».
Ce
projet de 12 millions de FF va
être entièrement autofinancé,
explique Abdelkarim. « C’est un
grand principe de notre père,
ne jamais s’endetter, se développer
lentement mais sûrement. » Actuellement
Rahal est une société anonyme
à structure familiale, qui possède
une dizaine d’entrepôts, la majorité
à Casablanca. Marrakech, Rabat
et Fez, une quarantaine de camions
isothermiques, servant à la fois
au transport des marchandises
et du personnel, deux pâtisseries
à Casablanca, et deux cafés dans
l’aéroport de ladite ville. Aussi
entreprenant que son père, Abdelkarim,
40 ans, s’occupe, en plus de la
direction générale, des aspects
« protocolaires » les relations
avec les ministères, le palais,
les administrations, les déplacements
à l’étranger, quand il s’agit,
par exemple, d’assurer tout le
service traiteur de grands événements
ou des semaines gastronomiques.
L’un de ses frères, Mohammed (34
ans), s’occupe du secteur privé,
des mariages mais aussi des inaugurations
d’usines. Un autre de ses frères,
Abdelouahed (36 ans), a en charge
la location du matériel et la
gestion des maîtres d’hôtel et
des serveurs, au nombre de 130
permanents. Ces derniers ont reçu
une formation maison. « Un jeune
qui sort de l’école ne sait pas
servir un mouton de 12 kg à table,
ni porter un plateau avec des
verres et deux théières à la menthe
pour douze » Il faut être costaud.
Tous sont passés par la plonge,
le nettoyage du matériel, la préparation
des jus de fruits, la cuisine,
avant d’arriver en salle. La progression
des salaires se fait en conséquence.
« Notre force un mot que Abddelkarim
affectionne c’est d’avoir un personnel
très fidèle et polyvalent. » Et
qui est intéressé aux résultats
par des primes. Le chiffre d’affaires
varie « entre 20 millions et 30
millions de FF par an, affirme
Abdelkarim, selon le nombre de
sommets et de colloques qui se
tiennent au Maroc ». 1997 a été
une bonne année, le royaume chérifien
ayant accueilli un grand nombre
de congressistes. En outre, Rahal
a obtenu d’assurer tout le service
traiteur du sommet des Etats d’Afrique-Caraïbes-Pacifique
à Libreville au Gabon. Sans oublier
l’inauguration du grand barrage
de Ouahda, près de Fès, celle
de l’usine Thomson Maroc, celle
des autoroutes marocaines, l’ouverture
de la nouvelle Bourse de Casablanca,
l’extension de l’usine Nestlé,
etc. Grâce à lui, on peut pratiquement
suivre, version thé à la menthe
et cornes de gazelle, toute la
vie économique du pays,
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